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mercredi 2 août 2017

août 02, 2017

L’état de l’habitat à Cité Plus : Entre croissance urbaine et risques socio-sanitaires



Le processus d’urbanisation est l’un des phénomènes marquants durant ces dernières années en Haïti. Contrairement à certains pays occidentaux, il n’est pas la résultante immédiate de l’industrialisation ; mais lié au contexte d’ajustement structurel des années 80-90 ayant provoqué in extenso la centralisation des activités économiques dans les centres urbains et particulièrement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Cette politique basée sur les importations agro-alimentaires et la main d’oeuvre à bon marché au détriment de la production nationale a forcé les paysans à quitter le milieu rural pour déferler massivement en milieu urbain (Davis : 2005,13). Le déséquilibre entre le flux migratoire et les services sociaux disponibles ont provoqué une occupation incontrôlée de l’espace dans les quartiers urbains, lesquels ne cessent de faire face à un accroissement démographique vertigineux (Dorvilier : 2009,15). La bidonvilisation, marquée par une forte croissance urbaine, semble menacer voire aggraver les conditions socio-sanitaires à « Cité Plus ».

Keys words : habitat, croissance urbaine, bidonvilisation, urbanisation

Délimitation physique et description architecturale de « Village Plus »

Cité Plus fait partie de l’un des quartiers périphériques de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Situé sur la route du bicentenaire plus précisément à boulevard Harry Truman, route nationale #2, il partage le long du bord de la mer avec d’autres quartiers. C’est un quartier précaire qui se trouve au milieu de deux ravins connus sous le nom de bwatchèn (C’est le nom donné par la population aux deux ravines délimitant le quartier.). Il est délimité au nord par Village de Dieu, au sud par Cité de l’éternel, à l’est par la mer et à l’ouest de Boulevard Jean Jacques Dessalines. Le village est divisé en quatre grandes ruelles que l’on appelle respectivement : première ruelle plus, deuxième ruelle plus, troisième ruelle plus et quatrième ruelle plus.

Comme dans tous bidonvilles, le type d’habitat est groupé. Les maisons qui se donnent sur les rues principales sont en béton ; les autres, la majorité en tôle. Les espaces de circulation sont très exigus, car les maisons sont construites sur le long de la rue ne respectant pas les normes de base en matière de construction, donc anarchique avec une promiscuité déplorable. Les maisons qui se donnent sur la rue sont en grande partie de un à deux étages, mais constituées d’une pléthore de locataires sans arrière-cours. Sur chaque trois maisons, il existe au moins une qui ne comporte pas de cuisine et de douche ; les chambres de chaque locataire assurent en ce sens de multiples fonctions, c’est-à-dire qu’ils servent à la fois d’espace pour dormir, manger, cuisiner et baigner en même temps.

Dans les maisons qui se situent près des ravins, la situation semble plus dégradante. Elles ont toutes les mêmes caractéristiques, c’est-à-dire ne dotant d’aucunes infrastructures de base. Elles sont très basses et organisées en taudis d’une chambre construites avec des tôles. Comme elles sont près des deux ravins qui déversent dans la mer, ces dernières restent les principaux centres de vidanges des excréments et des déchets de toutes sortes des habitants.

La configuration spatiale du Cité : dimensions et indicateurs de la vulnérabilité des conditions d’habitats

Facteurs socio-économique et démographique
Les paysans n’ont pas envahi l’espace urbain par hasard, mais au frais d’une dynamique globale fortement liée à la concentration massive des activités économiques dans les centres urbains plus particulièrement dans la zone métropolitaine. Cette situation est due en grande partie à la tendance des pays du tiers monde et particulièrement Haïti de privilégier l’essor urbain dans leurs politiques de développement national en investissant peu dans l’agriculture qui fait pourtant vivre plus de la moitié de la population(Granotier : 1980,23).

En effet, l’explosion démographique que l’on observe à Cité plus est l’une des facettes liées à l’exploitation de la campagne par la ville. Bon nombre d’habitants qui habitent dans ce quartier ont été tous soient des paysans sans terres ou de petits agriculteurs ruinés, ne trouvant pas de travail dans leur village, sont obligés d’envisager la migration. Leur motivation étant toujours d’ordre économique. Les bidonvilles particulièrement celui de Cité Plus reste un centre d’accueil pour les migrants de petites bourses à la recherche d’un espace pour se loger. Compte tenu de la précarité des conditions socio-économiques à la campagne, chaque année les familles intégrant déjà le quartier se renforce davantage.

Comme corollaire, une seule chambre abrite quatre à cinq personnes au minimum. Dans le rapport établi entre l’environnement physique et la santé en Haïti, les auteurs soulignent l’impact de cette conurbation urbaine sur la santé des habitants vivant dans des taudis (Quisqueya:2000,10). Les risques d’épidémies de choléra, de malaria et de grippe sont très fréquents dans la communauté, car il existe une forte concentration urbaine. De plus, l’accroissement naturel bat son plein à toutes les dimensions. En plus de la reproduction sans contrôle au niveau des adultes, la grossesse précoce est aussi l’un des facteurs clés de l’explosion urbaine. Donc les facteurs socio-économiques et démographique sont déterminants dans la configuration du cadre spatial et questionnent l’aménagement du territoire face à la croissance urbaine.

Problème d’aménagement du quartier et pression démographique

L’affaiblissement observé dans la gestion spatiale rend le quartier village plus très vulnérable à certains risques naturels et sociaux. Cela s’explique par l’inondation des espaces périphériques des ravins à chaque averse de pluie ; des vagues de chaleurs subies par la population en raison de la promiscuité ; des détritus accumulés chaque jours sur les trottoirs et dans les égouts qui génèrent des moustiques de toutes sortes aux risques de diverses maladies qui ont des conséquences néfastes pour la santé des habitants.

Comme l’a souligné Ali et Prévil (2010 : 228), l’absence de contrôle et de maitrise sur l’évolution quantitative et qualitative de la population reste l’un des obstacles majeurs que confronte le pays. Port-au-Prince, capitale de la république d’Haïti, a été construite pour une population de 300.000 habitants, environs 3 millions y vivent actuellement. Cité plus, compte tenu de la prolifération des taudis parait l’un des quartiers où la pression démographique bat son plein. Toutefois cette dynamique de croissance démographique reste en inadéquation aux services sociaux disponible. La population semble être abandonnée par l’Etat central, les collectivités territoriales dans la mise en place des services sociaux de base et d’espace attrayant pour le bien-être de la population. En conséquence, les habitants ne développent pas un sentiment d’appartenance pour le village.

Cette précarité est due au fait que l’accès à certains services de base se fait rare et même indisponible. Les maisons ne disposent pas d’eau courante pour alimenter les besoins des ménages en nourriture, la lessive et autres. Ce qui revient à questionner la fonction de la Direction Nationale D’eau Potable et d’Assainissement(DINEPA) dans l’alimentation en eau courante. Malgré sa présence dans le quartier, ce sont des citernes renfloués par des camions qui fournissent de l’eau à la population à des prix exorbitants qui obligent certains membres de la population à marcher plusieurs kilomètres pour trouver de l’eau.

Quant à la gestion des déchets produits par les ménages et autres, il n’existe aucune forme de gestion de la part des autorités locales. Pour se débarrasser de ses ordures, la population les brulent-ce qui constitue un risque pour la santé à cause des fumées noires qui se dégagent- ou les déversent dans la ravine. Pourvu qu’il y ait une certaine proximité entre les ravins et les foyers des ménages, la qualité de l’air ne fait que contaminer la santé de ces derniers. De plus, le mauvais placement de certaines latrines-situées entre les ravins afin d’être capable de déverser dans ce dernier reste aussi l’un des problèmes de santé publique. Selon le dossier 2 du CRESDIP cité par Fritz Pierre (2009 :88), la manière de vidanger les fosses dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince augmente les risques d’infections. Le service public ne couvre que 10 à 20% des besoins de décharge; Le reste est assuré par d’autres particuliers utilisant des brouettes ou camions ouverts pour décharger les excréments dans les ravins, la mer dans des conditions inappropriées. De tels attitudes sont observables dans les pratiques des habitants de Cité plus.

Tous ces manquements contribuent à rendre les conditions d’habitat de plus en plus déplorable. Cette problématique urbaine correspond aux remarques de Berrouet cité par Fritz Pierre (2009 :90) :
 C’est l’urbanisation sauvage, désordonnée et hétérogène qui se développe autour du centre-ville de Port-au-Prince où la majorité de la population urbaine vit dans les bidonvilles. N’ayant accès ni à l’eau courante, ni aux services sanitaires et encore moins aux services réguliers de collecte des résidus solides ; elle évolue dans des conditions infra-humaines.
Ce déséquilibre majeur entre la quasi-inexistence des services sociaux et la pression démographique demeure une énigme dans la problématique des conditions d’habitat à Cité Plus. Cette forme d’urbanisation en désarticulation avec la réalité démo-économique des habitants constitue un handicap dans les modes d’appropriation de l’espace. L’hypothèse de l’institut de sociologie urbaine semble (1968 :157) bien confirmer le paradoxe de la vie urbaine en Haïti marquée par un double décalage : « l’urbanisation est en avance sur l’industrialisation et les modes de vie sont en avance sur l’urbanisation ». Donc, le rapport de la population avec l’espace est marqué par de profondes contradictions. D’où l’enjeu de la question foncière dans toute tentative de résoudre la crise du logement en Haïti.

La question foncière et ses corollaires : Dimensions et enjeux

L’accès à la terre a toujours été une préoccupation pour les différentes couches sociales du pays. Dans cette course effrénée pour acquérir ce bien se développe en même temps une forme de spéculation foncière-Etat ou privé- générant des crises profondes. D’où le problème de la tenure foncière considérée par Dominique (2014 :108) comme la contradiction principale dans l’évolution de la société haïtienne. En fait, cette forme de spéculation a occasionné des inégalités quant à l’accès à la terre. Dans cette aventure, les masses urbaines qui ne pouvaient pas avoir accès à ces zones résidentielles ont érigé des taudis dans des zones périphériques.

Partout sont installées des constructions anarchiques qui augmentent de jour en jour sans retenir l’attention des autorités. Les habitants profitent pour en construire dans tous les corridors, sur les trottoirs sans le respect minimum des normes de constructions. Holly cité par Pierre (2009 :91) explique cette politique du laisser-aller par l’absence de planification urbaine, l’inexistence du cadastre, du plan de zonage et de l’inventaire des terres appartenant à l’Etat. L’occupation illégale des terrains à Village plus génère des conflits entre les membres du village quant au statut juridique des maisons qui n’est pas défini. Ce sont ceux qui réclame être propriétaire qui décident du prix des loyers dépendamment du contexte. D’ailleurs, Durand la période post-séisme beaucoup d’entre eux ont profité pour augmenter le prix en raison de la forte demande.

De plus, ces maisons sont pour la plupart des structures basses n’ayant pas des matériaux solides. L’essentiel pour ces habitants c’est d’avoir un logement, car l’augmentation des prix des matériaux de constructions et la détérioration des conditions socio-économiques de ces derniers. Ils n’ont pas les moyens nécessaires pour acheter ces matériaux. Le plus souvent, les propriétaires n’engagent pas d’ingénieurs, ni chercher à découvrir le type de sol qu’ils construisent leurs maisons. La vulnérabilité des conditions d’habitat concorde bien avec la triple expression de Chenet : (2014 :73) « Spéculation sur le foncier, spéculation sur le loyer et spéculation sur les matériaux de construction ». Une crise qui continue de s’enfoncer suite à la croissance urbaine observée dans le quartier.

Vulnérabilité des conditions d’habitat et représentations sociales des habitants du quartier

Un logement idéal qui favoriserait la santé physique et mentale et procurerait à ses occupants un sentiment de sécurité psychologique ; de lien physique avec leur communauté et leur culture en leur permettant d’exprimer leur identité semble être l’aspiration des habitants du quartier de Cité plus. Selon eux, les conditions d’habitats dans lesquels ils évoluent ne conviennent pas à leur bien-être physique et moral, mais ce sont la situation socio-économique qui les oblige à occuper cet espace dans ses conditions déplorables. Il n’y a pas vraiment un sentiment d’appartenance, car ils se sentent oubliés dans les échelles des grandes décisions qui concernent le devenir de la société. Le quartier reste selon eux un espace de transition, car les conditions de vie sont vraiment déplorables. D’ailleurs, doit-on préciser, une grande partie des propriétaires n’habitent pas dans le quartier, ils ne viennent que pour négocier le prix du loyer de leur maison. Ce qui montre l’ampleur des conditions d’habitat dans le quartier. Donc, c’est une réalité vécue douloureusement par les habitants du quartier.

Conclusion

Les problèmes que fait face le pays sont multiples, mais celui lié à la croissance urbaine et ses impacts sur la société devrait soulever la préoccupation des chercheurs et des décideurs en vue de chercher d’autres causes profondes et des mesures nécessaires pour une solution méliorative ou transformationnelle. Dans le cadre de cette recherche, nous avons voulu saisir et expliquer la vulnérabilité des conditions d’habitat au regard de la croissance urbaine à village Plus. Les données et analyses montrent l’effet pervers de la promiscuité lié à la pression démographique sur la santé de la population. En raison d’une absence de contrôle de l’évolution de la croissance urbaine en Haïti, c’est tout l’environnement immédiat et périphérique des habitants du quartier de village plus qui semble menacer, car ils font face à toutes sortes de risques menaçant leur existence. Aussi, n’est-il pas opportun et urgent de penser à une véritable politique publique de logements sociaux et d’habitat qui prendrait en compte les familles concernées avec la participation des chercheurs d’horizon divers, donc une démarche pluridisciplinaire et participative?
                                                                                                         Berlony JULES
                                                                                                         Travailleur Social
                                                                                                         Email : julesberlony@gmail.com
                                                                                                         Tel : (509) 38 49 48 80


mardi 11 juillet 2017

juillet 11, 2017

L'empowerment communautaire : Une alternative dans la gestion des déchets en Haïti

LE CONTEXTE MULTICRISE DE LA SITUATION D'HAITI
Le processus d'urbanisation des pays du sud favorise de la dégradation environnementale, suivant les facteurs combinés de croissance démographique, d'étalement urbain et de vulnérabilités. En effet, depuis les années 2000, plus de 50% des habitants dans les différentes sociétés vivent en villeCeci n'est pas sans conséquence sur l'ensemble des dynamiques socio-spatiales en termes d'accès à des services urbains, de gestion des déchets, de gouvernance urbaine, de l'aménagement territorial, de la gestion des risques pour anticiper les éventuelles catastrophes etc.Pourtant les pays Sud se trouvent dans la difficulté à prendre en charge la gestion urbaine. L'insalubrité devient un véritable problème dans toute son acuitémalgré certaines initiatives et dispositions légales pour tenter d'améliorer l'image des villes du Sud.
Haïti, l'un des pays sud et le seul PMA du continent Américain connait également cette situation d'insalubrité qui s'accroit à un rythme vertigineux. En effet, les concepts Droit à l'environnement, bien-être, environnement sain, développement durable constituent en réalité des mantras, se rattachant le plus souvent qu'à des discours élitistes et des écrits institutionnelsParallèlementla vulnérabilitéenvironnementale et l'insalubrité restent des problèmes épineux dans l'Aire Métropolitaine de Port-au-Prince notamment. Nous devons donc changer de paradigme. Cela consiste à provoquer de véritables changements de la mentalité politique, de la capacité des citoyens d'adopter de nouvelles règles de convivialité et de nouveaux comportements pour maintenir la salubrité de nos villes. Ainsi, nous estimonsqu'il est indispensable d'encourager la participation citoyenne et orienter l'éducation haïtienne sur la piste de la responsabilité de tous les acteurs : de l'Etat haïtien à travers ses organes, des mairies, de la société civile, des associations locales et de la population dans une logique de synergie. Cet article s'inscrit dans cette perspective. Nous allons d'une part, décrire la situation de vulnérabilité environnementale du pays incluant l'insalubrité grandissante des villes, d'autre part fournir des alternatives pour une prise en charge efficace de cette question dans la perspective d'empowerment et de responsabilité citoyenne.
LA VULNERABILITE ENVIRONNEMENTALE D'HAITI
La vulnérabilité environnementale d'Haïti doit être vue dans le prisme de la vulnérabilité de l'espace physique du pays et de sa vulnérabilité sociale. Différents facteurs se jouent : la paupérisation, la forte pression sur le couvert arboré, l'absence de normes de construction, l'urbanisation anarchique tant en zone sismique qu'en région inondable, la forte densité de population dans certaines zones, la déficience des infrastructures, la mauvaise gestion urbaine, l'insuffisance des services sociaux de base; également la carence des services de drainage et de gestion des déchets. Ce qui augmente souvent les risques d'inondation dans les bidonvilles dans les quartiers précaires formant les bidonvilles de l'Aire Métropolitaine de Port-au-Prince. Cette dernière est devenue le lieu d'attraction de migrants fuyant la pauvreté et la précarité. C'est de là que se joue le double jeu de la vulnérabilité sociale et spatiale (territoriale).
 Face aux difficultés de s'intégrer dans la vie sociale et économique de la ville, ils recourent à l'expansion des bidonvilles et des quartiers précaires accompagnant la spatialisation de la concentration de la vulnérabilité sociale (analphabétisme, accès restreint à l'eau potable, aux installations sanitaires, aux soins de santé) ainsi se crée l'amplification de la marginalisation sociale (Gardy Létang, 2012). Conçuepour accueillir 250.000 habitants, l'AMP est occupée en 2010 par environ 7.7 fois plus d'habitants (IHSI, 2010). Pourtant, l'AMP constitue une aire où s'enchevêtrent de multiples risques naturels : cyclones, inondations, glissement de terrain, séismeSuivant l'indice climatique Germanwatch, sur les dix pays les plus touchés par les catastrophes naturelles depuis 20 ans, Haïti tient la 3e place après la Birmanie et le Honduras qui est en tête de liste avec 65 phénomènes climatiques de grande ampleur entre 1993 et 2012. Selon l'article du groupe URD écrit par les deux co-auteurs Yvio Georges (Ingénieur haïtien, spécialiste de la gestion des risques, enseignant à l'Université de Port au Prince) et François Grünewald (Directeur général et scientifique du Groupe URD) « La vulnérabilité d'Haïti aux séismes : pour une perspective historique et une meilleure analyse des risques », l'île d'Haïti se trouve à la frontière des plaques tectoniques Amérique du Nord et Caraïbes. Ces plaques se déplacent l'une par rapport à l'autre à vitesse d'environ 2 cm par an. Ces déplacements s'accommodent par des mouvements sismiques sur les failles actives identifiées dans deux principales zones du pays. Une première se trouve en mer le long de la côte nord. Il s'agit d'une faille de direction est-ouest, qui se prolonge à terre dans la vallée du Cibao en République Dominicaine. Une seconde traverse la Presqu'île du Sud d'Haïti de Tiburon à l'ouest jusqu'à Port-au-Prince, qu'elle traverse, et se poursuit vers l'est dans la vallée d'Enriquillo en République Dominicaine. Ils indiquent que le séisme de magnitude 7,3 qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 n'est pas le premier événement sismique de l'île. Malgré les innombrables pertes de vies humaines et des pertes en infrastructures occasionnés par la catastrophe de ce séisme, la réalité post-séisme mal gérerparticipe de l'amplification des vulnérabilités. D'abord des flux massifs de populations installées dans des tentes ou dans des nouveaux quartiers défavorisés post-désastre, en raison des pertes de leurs moyens de subsistance générées, leur vulnérabilité économique ; amplifient la vulnérabilité environnementale due à l'augmentation de la pression sur des ressources naturelles locales déjà limitées. D'autre part, l'extension urbaine sur des sites sensibles (fortes pentes de montagnes adjacents, dans les lits de ravines, dans les terrains marécageux, dans les sablières, et les cônes de déjection). C'est ce qui s'est produit tant au nord qu'au sud de la capitale d'Haïti, surtout avec le fameux bidonville de Canaan logeant la route de Bon-repos. Sans ambages, on peut avancer que les nouveaux quartiers précaires, la croissance démographique, la précarité socio-économique et le mode de gestion de cette catastrophe continuent d'aggraver le panorama physique du pays, en engendrant de la vulnérabilité.

L'INSALUBRITE DANS L'AIRE METROPOLITAINE DE PORT-AU-PRINCE
Le magazine Forbes de 2015 classe Haïti parmi l'un des pays les plus insalubres de la société contemporaine, à cause surtout de ses déchets de partout. Sont qualifiés de déchets selon la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux, " toutes substances ou objets qu'on élimine, qu'on a l'intention d'éliminer ou qu'on est tenu d'éliminer en vertu des dispositions du droit national "En effet, le pays fait face à des défis énormes en matière de propreté urbaine et de dégradation de l'environnement. Surtout, l'agglomération de Port-au-Prince produirait en moyenne chaque année environ 600 000 tonnes métriques de déchets solides (1640 tonnes/jour), dont environ 80 % résulteraient des particuliers et 20 % des infrastructures commerciales et industrielles (Saffache, 1999). En Mai 2004, des six mille (6000) m3 de déchets produits par jour à Port-au-Prince, seulement 30% ont été collectés et le reste est déversé dans les rues et les ravins, obstruant les égouts. Selon le Ministère de l'environnement, la production des déchets solides à Port-au-Prince est estimée à 2 500 tonnes par jour, 912 500 tonnes par an d'ordures ménagères, et une production totale de plus de 2,75 millions de tonnes si l'on tient compte des autres catégories de déchets: démolitions, déchets verts, déchets industriels, déchets commerciaux, et déchets hospitaliers (LE MATIN. Le problème des déchets à Port-au-Prince, toujours un casse-tête, 08/02/2012). Ces déchets sont produits par les marchés publics et les centres commerciaux, les vendeurs informels sur la bordure des trottoirs de quelques artèresles administrations, garderies, écoles, universités sont également des producteurs non-négligeables, principalement de papiers et cartons. On en compte aussi les hôtels, les institutions sanitaires dont les hôpitaux, les cliniques, les pharmacies (GRET, octobre 1996). Les deux études précitées du GRET donnent la composition suivante pour les ordures ménagères : Matières organiques : 73 % (biodégradable)Matières plastiques : 6 % (non biodégradable)Carton, papier, tissus : 10 % (biodégradable)Métaux : 3 % (non biodégradable)Matières inertes : 8 % (partiellement dégradables). Compte tenu de l'évolution de la consommation, partiellement conditionnée par la proximité des Etats-Unis et de ses produits, il est prévisible que la production globale des déchets dépassera en 2016 les 5 millions de tonnes (Haïti : Analyse de la problématique des déchets solides dans la Zone Métropolitaine de Port au Prince - Rapport Intérimaire version 2, p.7). C'est ce qui a été prédit par le rapport intérimaire, mais la quantité risque de s'accroitre si l'on tient compte  du séisme du 12 janvier 2010 engendrant davantage de promiscuitéobstruant les canaux d'égouts, favorisant l'apport de l'aide alimentaire sous formes de kits pour les ménages de surcroit augmentant les déchetsrenforçant les alluvions se déversant dans nos villes….

LA GESTION ETRIQUEE DES DECHETS MENAGERS DANS L'A.M.P
Il y a une dichotomie entre les acteurs dans la gestion des déchets dans le pays. Mais qui sont les acteurs responsables de cette gestion en Haïti ? L'article 2 du décret du 9 octobre 1989 stipule clairement que : « le rôle du Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides (SMCRS) consistera dans le ramassage des détritus qui auront été balayés et assemblés par le service de la voirie respectif des communes de Port au Prince, de Delmas, de Pétion Ville, de Gressier, de la Croix des Bouquets et de Carrefour ». Pourtant, les mairies interviennent dans le balayage également, mais cela n'entre pas dans leurs prérogatives quoique cela semble aider dans le balayageD'autre part, le SMCRS doit s'assurer de l'enlèvement et du transport des déchets. Il semble être à court de moyens en termes de matériaux, de véhicules et de la main-d'œuvre pour enlever les 5 millions de tonnes de déchets possibles que nous avons susmentionnés. Depuis 1986 des sociétés privées sont également actives dans le secteur de la gestion des déchets(GDS) dont Boucard Pest Control qui a été créé en 1994 et  SANITEC. Mais, leurs clients les paient pour assurer le transport des déchets en fonction du volume d'une part et de la fréquence des enlèvements d'autre part, jusqu'à la décharge de Truitier. A l'heure actuelle d'autres entreprises privées sont en cours. En 1994, à Port-au-Prince, seulement 30% des déchets produits annuellement depuis 1980 ont été ramassés par le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides) et par une autre entreprise engagée par l'USAID, les 70% restant se trouvent dans les rues, les ravines et autres décharges illégales. De plus, il n'existe pas des sites de décharges contrôlés dans les grands centres urbains de l'AMPLe seul site d'élimination des déchets dans la zone de PAP est la décharge de Truitier, géré par le SMCRS. Dans nombre de quartiers, les véhicules chargés de ramassage de détritus ne peuvent pas avoir accès à cause des pentes escarpés et l'absence d'un réseau routier. Les déchets, en plus de sédiments emportés lors des pluies, envahissant les rues et obstruent les canaux occasionnant ainsi des dommages dans les habitations et les infrastructures. Dans la capitale d'Haïti, tout le sud et le sud-ouest de Port-au-Prince: de la rue des Miracles jusqu'à Mariani, les eaux remontent des égouts lors des faibles pluies. Le problème ne se pose pas avec la même acuité dans les villes de province, puisque la proportion des déchets est proportionnelle à leur taille. (Pré-Actes du colloque international, PRCU, Avril 2017, p. 94). Des efforts institutionnels dans le mal urbain! Ce qui révèle leur incapacité de nettoyage de la voirie, et de l'assainissement du pays. Ce que l'on sait : à mesure que la croissance démographique s'accroit, cela va entrainer du coûp une augmentation de la consommation et de la production des déchets. C'est une réalité urbaine de toutes les sociétés humaines de cette époque contemporaine. Les autorités haïtiennes doivent agir en amont pour encourager la participation citoyenne dans la gestion des déchets. Ce qui implique de veritables changements de la mentalité politique haïtienne, de la mise en place de l'éducation comme moteur de développementde la gouvernance urbaine pour ne pas sombrer dans la barbarie.

DE L'IMPORTANCE DE LA PARTICIPATION CITOYENNE. POURQUOI ET COMMENT ?
Il y a une nécessité flagrante des autorités haïtiennes de faire des mises en place pour faciliter les ménages ou encore les pollueurs à l'aménagement sanitaire de l'Aire métropolitaine de Port-au-Prince ; en vue de mieux attaquer ensemble la question de l'assainissement de la ville. Sans l'inclusion de la population, toutes initiatives superficielles de la part des autorités haïtiennes pour dégager les fatras à chaque recoins de rues, se révéleront inefficaces. Quelques heures suffisent seulement pour en tenir compte, après chaque nettoyage les gens continuent d'en déverser des tonnes à proximité de leur maison, près des institutions, ou même dans les routes pour bloquer la circulation. Une de leurs reflexes ! On a même l'impression que quelquefois, dans des situations de conflits, les détritus font l'objet d'instrument politique au sens d'empêcher la fluidité de la circulation. Je suis fortement convaincu de son instrumentalisation pour percevoir des rentes parfois. Je ne vais pas abonder trop sur ce point puisque tel n'est pas l'objet de cet article. Nous tenons à signaler le rôle crucial des collectivités territoriales, de l'autonomie des mairies, et de la dynamique des associations locales pour coordonner et encadrer la participation citoyenne dans la gestion rationnelle des déchets urbains.
Ainsi, nous recommandons aux institutions étatiques d'opter pour la gestion participative de la question des déchets. Ce qui implique de développer l'Empowerment communautaireL'Empowerment communautaire, de façon générale, correspond au moyen par lequel des communautés augmentent leur pouvoir collectif. Il s'agit d'un cheminement vécu simultanément par la collectivité et par les individus qui en sont membres. Il s'avère ainsi un processus complexe reposant sur plusieurs éléments critiques présents dans une communauté dont la participation permettant à tous les membres de la communauté de participer à sa vie et aux systèmes et intégrant, dans les espaces décisionnels ; les compétences qui peuvent renvoyer à l'autogestion de son développement et aux renforcements des réseaux naturels, communautaires et professionnels de soutien aux individus ; la communication se traduisant par l'accès à l'information requise pour réussir des projets spécifiques et la transparence dans les processus décisionnels ; le capital communautaire, c'est-à-dire la réserve de sentiment d'appartenance à la fois à la communauté et à l'environnement, et de conscience de la citoyenneté possédée par chacun de ses membres qui assure l'entraide sur le plan individuel et qui permet l'action sur des questions sociétales plus larges (Ninacs, 2006, p.8).
De ce cadre de la pensée, l'Etat haïtien doit miser sur les associations locales pour identifier des sites de décharges possible, de mettre des quantités suffisantes de poubelles dans les communautés, de tenir aux courants les agents de SMRCS pour le ramassage ; mais aussi de gérer avec l'Etat des usines de traitement ddéchets et de recyclage correspondant à un schéma global du plan d'assainissement du pays. Lequel plan doit être un volet non seulement du plan d'aménagement du territoire que l'urgence des risques sanitaires, hydrométéorologiques et sismiques réclame pour mieux anticiper sur les vulnérabilités. Tout aussi bien de la pratique effective de la décentralisation des pouvoirs pour doter les maires des différentes communes : De Port-au-Prince, de Delmas, de Pétion-ville, de Kenscoff, de la Croix-des-Bouquets, de Tabarre, de Cité-soleil pour ne citer que celles-là, de l'autonomie financière et de la possibilité de prendre certaines décisions et de faire des choix convenables suivant leurs prérogatives. En peu de mot, de doter les mairies de leurs véritables autonomies d'action politique dans une perspective de l'Etat de droit, sans que le pouvoir exécutif n'ait à prendre seul les décisions. Quoique la constitution de 1987 fasse de la décentralisation du pays un grand chantier de la démocratie en Haïtila réalité empirique indique que l'exécutif ait le dernier mot pour déclencher les actions publiques. Nos magistrats se retrouvent donc dans la dépendance par rapport à l'exécutif. En effet, ils n'ont pas vraiment le monopole des décisions et des actions à prendre pour une gestion efficace de leur ville. C'est une des grandes batailles que nous devons mener conscieusement en Haïti pour améliorer la salubrité de nos villes. Puisque les mairies représentent les organes de l'Etat les plus proches de la population. D'autre part, les actions parallèles doivent être encouragées. Celles de la société civile pour les entreprises de ramassages des ordures et pour la construction des usines de traitement ; et celles des initiatives citoyennes de recomposition des déchets en des œuvres artisanaux en vue de réutiliser les objets. Faisons donc autrement pour redorer Port-au-Prince de notre belle image de la ville de bicentenaire d'antan!

Groupe de Recherche et d'Action Sociale (GRASO)